jueves, 15 de diciembre de 2011
Walter Benjamin , su obra como referente
http://walterbenjaminarchives.mahj.org/abecedaire-81-terreur.php
FUENTE http://walterbenjuaminarchives.mahj.org
terreur
« Je doute que tu aies déjà parlé à des gens qui ont quitté l’Allemagne après le 15 mars environ. Par lettre, tu ne pourais être informé que par des individus particulièrement téméraires. Car écrire de là-bas sans un camouflage soigneux peut devenir très dangereux. Libre, je peux m’exprimer clairement et d’autant plus brièvement. C’est moins la terreur individuelle que la situation culturelle dans son ensemble qui peut donner une idée de ce qui se passe. Pour la première, il est difficile de disposer d’informations absolument sûres. Il est hors de doute qu’en de très nombreux cas, des gens ont été tirés la nuit de leur lit et molestés ou assassinés. Mais il y a peut-être plus important encore, bien que plus difficile à éclaircir, c’est le sort des prisonniers. Les bruits les plus terribles circulent à leur sujet, dont la seule chose qu’on puisse dire, c’est que certains se sont révélés faux. Pour le reste, il en est comme toujours dans des époques pareilles : les quelques cas qui ont été exagérés sont peut-être contrebalancés par une foule de cas dont on n’entend jamais parler. Pour moi, ce n’est pas cette situation — plus ou moins prévisible depuis longtemps — qui a soudain fait mûrir en moi, il y a seulement une semaine et dans des formes confuses, la décision de quitter l’Allemagne. Ce fut beaucoup plus qu’avec une coïncidence quasi mathématique des manuscrits m’étaient retournés de tous les endroits où existait encore la moindre chance d’être publié, des négociations en cours, ou sur le point d’aboutir étaient rompues, des demandes laissées sans réponse. La terreur exercée contre toute attitude ou toute façon de s’exprimer qui ne se conforment pas strictement aux prescriptions officielles a pris des proportions difficilement dépassables. En de telles circonstances, l’extrême réserve politique que j’observe depuis toujours et non sans raison peut bien vous préserver de la persécution organisée, mais pas de la famine. »
[Correspondance W. Benjamin – G. Scholem — Paris, 20 mars 1933, à Gershom Scholem]
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